Les-Aeriennes

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De l'ombre au soleil - quelques mots sur le travail d'Izabella Ortiz

Je n'attendais rien, en entrant dans la petite église de René - pire, j'attendais peu, comme si un village de Sarthe, en automne, n'avait rien eu à m'offrir qu'une potentielle désillusion.

 

Je me suis arrêtée au seuil du bleu percé d'or d'un triptyque dont je ne me souviens plus des détails, mais dont je me souviens que j'ai pensé à Van Gogh, à la nuit étoilée et aux tournesols qui s'élancent comme des galaxies esseulées, réinventant l'espace à fleur de vase.

 

Le travail du peintre me touche quand, quels que soient les moyens qu'il s'est choisi, il ouvre une porte vers une dimension que j'ai toujours pressentie mais que, sans lui, je n'aurais jamais abordée d'une façon si frontale. Il ne s'agit donc pas de contempler, mais d'entrer.

 

En cette église, d'un coup j'ai senti la nuit du chamane, la parole des morts, des esprits, de ce qui bruit dans l'ombre en attendant d'être décapsulé pour entrer dans la sphère des rêves et par là, des vivants.

 

J'ai pensé au Mexique, aux couleurs comme tatouées sur les choses pour en crever la peau et révéler comme le monde nous regarde, nous qui croyons le regarder.

 

Les tableaux d'Izabella Ortiz ressemblent à des incantations proférées au carrefour du rêve et - me semble-t-il - souvent, de l'eau : créatures déliées, jamais solides, toujours prêtes à s'enlacer les unes aux autres, à s'infiltrer, à s'enrouler et se déployer - telles des algues dont le léger mouvement est pourtant ici imprimé par l'espace d'une danse, d'une pulsation à la fois intensément vivante et menaçante comme la nuit,

pour ceux qui la craignent.

 

Cette fête paîenne m'a semblé admirablement à sa place dans cette église, comme si le grondement d'un tambour, le chevauchement des loas trouvaient à s'inviter dans la lumière tranquille des prières des statues, qui ont l'air sage mais n'en portent pas moins la foudre - car où est l'esprit, est le feu.

 

Ainsi suis-je restée à rêver dans le chant doux et âpre de ces tableaux qui me parvient encore aujourd'hui comme une embrasée fugace mais éveillante, belle et dérangeante, spirituelle sans confession rapportée.

 

L'art au détour d'une arche, si près.

 

35 tableaux d'Izabella Ortiz



24/10/2014
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