Les-Aeriennes

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Voici donc le présent. L'eau glisse sous les remparts immobiles, la lumière parle d'été tandis que les feuilles des arbres murmurent des mots d'automne. Je suis des yeux les reflets qui filent sur le courant tout en se réinventant à l'endroit même où ils viennent de passer. Le ciel limpide semble nous enclore tous dans une bulle où je ressens surtout la chaleur d'une journée de juin volée au mois d'octobre, tandis que les bateaux cliquètent sur le port.

 

Plus je vieillis et plus, quoi que je regarde, tout est première fois. Ce tremblement, ce n'est pas une simple conscience de la fragilité des choses - non, le temps qui passe m'a vidée de ma tristesse, rendant au présent son épaisseur au fur et à mesure que le passé se délitte et que le futur resssemble aux nuages fragmentés qui dérivent sur les eaux argentées de la rivière. Je n'en reviens pas de me tenir ici, dans cette palpitation cardiaque où s'entremêlent mon souffle et l'air qui me lie aux choses parce qu'il nous contient. Cette gratuité, cette plénitude, d'autres qui les avaient pleinement reconnues ont cherché des mots pour elles, alors que se tenaient fermes sous leur regard le ciel, la vie, l'eau et que  les nuages y dessinaient le pouvoir des ombres.

 

Entre les mots et les choses, cet écart qu'est la poésie. "J'étais là." "Soyez présents, vous qui êtes là aussi."

 



31/10/2017
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